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Économie

Belinga, la forêt et le fer : le grand pari environnemental de Kobé-Kobé

Par Dimitri Mimongo
· mis à jour le 28 octobre à 1h24 · 4 min de lecture

Belinga, la forêt et le fer : le grand pari environnemental de Kobé-Kobé
Le baï de Langoué, au cœur du parc national d’Ivindo. D’un côté, un Patrimoine mondial de l’UNESCO abritant 126 espèces de mammifères menacées. De l’autre, 7,5 milliards de tonnes de fer que le Gabon s’apprête à extraire. Entre les deux, une équation que personne n’a encore résolue. © kumakonda.com

 

D’un côté, 7,5 milliards de tonnes de fer à une teneur de 65 %. De l’autre, 126 espèces de mammifères, la plus grande concentration de gorilles du Gabon, et des chutes classées Patrimoine mondial de l’UNESCO. Belinga est le nœud gordien du projet Kobé-Kobé : là où l’ambition industrielle du Gabon rencontre ce que la planète lui demande de préserver. La question n’est pas de choisir entre la mine et la forêt. Elle est de savoir si le Gabon a vraiment les moyens de ne pas sacrifier l’une pour l’autre.

Le baï de Langoué, au cœur du parc national d’Ivindo. D’un côté, un Patrimoine mondial de l’UNESCO abritant 126 espèces de mammifères menacées. De l’autre, 7,5 milliards de tonnes de fer que le Gabon s’apprête à extraire. Entre les deux, une équation que personne n’a encore résolue. © kumakonda.com

 

Au cœur de l’Ogooué-Ivindo, là où la forêt équatoriale primaire n’a pratiquement jamais connu la hache ni la pelleteuse, repose l’un des plus grands gisements de fer non exploités de la planète. Belinga et ses 7,5 milliards de tonnes de minerai sont une aubaine économique pour le Gabon. Ils sont aussi, pour les défenseurs de la biodiversité, une source d’inquiétude profonde. Entre les deux, un pays qui affirme vouloir réconcilier l’industrie et la forêt, sans encore avoir totalement convaincu.

Un trésor naturel aux portes de la mine

Le gisement de Belinga n’est pas une friche industrielle. Il jouxte le parc national de l’Ivindo, inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO en juillet 2021, et considéré comme l’un des écosystèmes forestiers les plus intacts d’Afrique centrale. Le parc abrite le baï de Langoué, l’une des cinq clairières forestières les plus importantes d’Afrique, où a été recensée la plus grande concentration de gorilles du Gabon. Il compte 126 espèces de mammifères, dont l’éléphant de forêt, le gorille de l’Ouest, le chimpanzé et le mandrill, tous classés en danger ou en danger critique d’extinction. Les chutes de Kongou, larges de deux kilomètres, figurent parmi les plus spectaculaires d’Afrique centrale et abritent des espèces végétales aquatiques extrêmement rares, partout menacées par la construction de barrages.

C’est précisément là que le projet Kobé-Kobé entend planter ses machines. Les experts environnementaux identifient quatre risques majeurs liés à l’exploitation minière du fer dans cette zone : déforestation massive, destruction de la faune sauvage, perturbation du relief sur des centaines de kilomètres carrés, et ouverture de pistes facilitant l’accès des braconniers à des zones jusqu’ici préservées.

Un passif lourd, des engagements à tenir

Le dossier Belinga a une histoire. En 2007, le gouvernement gabonais avait conclu une convention avec la société chinoise CMEC sans qu’aucune étude d’impact environnemental n’ait été réalisée : ni pour la mine, ni pour le barrage, ni pour le chemin de fer, ni pour le port en eau profonde. Le contrat s’était révélé désastreux pour le Gabon, avec des clauses fiscales largement favorables à la partie chinoise. Ce précédent pèse encore dans les mémoires.

Fortescue et le gouvernement actuel affichent une posture différente. Dès janvier 2023, des missions conjointes du ministère des Mines et du ministère de l’Environnement ont été conduites sur le site pour préparer les études d’impact environnemental et social, présentées comme un préalable au lancement des activités de forage. Fortescue, de son côté, s’est engagé à faire fonctionner l’ensemble de ses opérations gabonaises à partir d’énergies vertes ; une promesse cohérente avec sa doctrine globale, mais dont la traduction concrète à Belinga reste encore à démontrer.

Le Gabon se trouve aujourd’hui à la croisée d’une équation difficile : exploiter ce que la nature lui a donné sans détruire ce qui fait sa singularité aux yeux du monde. La réponse ne sera pas dans les discours de lancement. Elle sera dans les chiffres de déforestation, dans l’état des rivières et dans la santé des populations de gorilles. Dans dix ans.

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