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Économie

Plus de 50 milliards FCFA envolés : le trou noir du contrôle minier au Gabon

Par Dimitri Mimongo
· mis à jour le 28 octobre à 4h25 · 4 min de lecture

Plus de 50 milliards FCFA envolés : le trou noir du contrôle minier au Gabon
Quand l’État ne sait pas ce qui sort de son sol, ce sont les machines qui décident de la valeur du pays. © GabonReview / Dall-E (Intelligence artificielle)

 

L’État gabonais ignore ce qui est réellement extrait de son sol. C’est le constat brutal posé par Mégane Kouna, PDG de Talex, dans une interview accordée à Forbes Afrique. Faute de contrôle effectif, de traçabilité et de données fiables sur les volumes produits et exportés, le Gabon se prive chaque année de dizaines de milliards de francs CFA de recettes minières, notamment dans le secteur aurifère. Au-delà du manque à gagner fiscal, l’alerte est stratégique : sans maîtrise de l’information minière, l’État affaiblit sa capacité à taxer, à négocier, à transformer localement ses ressources et, in fine, à exercer pleinement sa souveraineté économique.

Quand l’État ne sait pas ce qui sort de son sol, ce sont les machines qui décident de la valeur du pays. © GabonReview / Dall-E (Intelligence artificielle)

 

Dans une interview accordée à Forbes Afrique, Mégane Kouna, PDG de Talex, tire la sonnette d’alarme sur l’état du secteur minier gabonais. À ses yeux, l’absence de contrôle effectif de l’exploitation des ressources naturelles prive l’État de revenus considérables et compromet sa souveraineté économique.

Mégane Kouna, PDG de la société gabonaise Talex : «L’absence de contrôle dans le secteur minier fait perdre plus de 50 Milliards de francs CFA de revenus par an à l’État gabonais». © Forbesafrique

«L’absence de contrôle dans le secteur minier fait perdre plus de 50 milliards de francs CFA de revenus par an à l’État gabonais, rien que dans le cas de l’or», affirme-t-elle. Cette estimation, issue de son diagnostic des pratiques actuelles, souligne un manque de gouvernance structurel qui dépasse la seule dimension fiscale.

Un manque de données fiables qui coûte cher

Pour Mégane Kouna, le problème commence par une déficience fondamentale : l’État ne sait pas ce que les compagnies minières produisent réellement. «Nous n’avons pas de système intégré de suivi des volumes extraits, transportés et exportés», déplore-t-elle. «Sans ces informations, il est impossible de s’assurer que les déclarations faites par les opérateurs correspondent à la réalité des flux physiques.»

Ce manque de traçabilité, selon elle, permet aux opérateurs de sous-déclarer leurs volumes, d’utiliser des clauses fiscales avantageuses ou de bénéficier d’exonérations qui n’auraient pas dû être accordées. «Cela signifie que l’État laisse passer des recettes qui lui seraient pourtant dues, tandis que les entreprises vendent à l’exportation ce qu’on ne peut pas mesurer correctement», ajoute-t-elle.

Au-delà des chiffres : une question de souveraineté

Pour Talex, le défi n’est pas seulement budgétaire : il est aussi politique et stratégique. «Si l’État ne maîtrise pas ses données minières, il ne maîtrise pas sa politique minière», avertit Mégane Kouna. Elle soutient que l’absence de «contrôle automatisé et indépendant» prive le Gabon d’un pouvoir réel de négociation avec les sociétés d’exploitation, et empêche l’État de planifier une industrialisation durable.

Selon elle, ce déficit d’information tire vers le bas la capacité de l’État à imposer des normes environnementales ou sociales, ou même à exiger un renforcement de la transformation locale des minerais. «La transformation locale ne peut réussir que si l’on sait exactement ce qui sort du sol et ce que l’on exporte», dit-elle.

Des propositions concrètes pour restaurer le contrôle

Face à cette situation, Mégane Kouna formule un ensemble de propositions structurantes :

Audit des contrats et des flux : «Nous devons auditer tous les contrats miniers existants et les flux financiers réels», déclare-t-elle, «afin d’identifier les déséquilibres et les pertes financières pour l’État».

Contrôle intégré et automatisé : «Il faut mettre en place un système de contrôle indépendant, automatisé et intégré, capable de suivre en temps réel la production, le transport et l’exportation des minerais», insiste-t-elle.

Révision fiscale : «Les exonérations fiscales injustifiées doivent être revues», affirme-t-elle. «Il est nécessaire que les recettes tirées des mines reflètent réellement la valeur extraite du sol gabonais.»

Transparence publique : «La publication régulière des données minières est indispensable pour renforcer la confiance et la redevabilité», ajoute-t-elle.

L’entretien de Mégane Kouna s’inscrit dans un contexte plus large de réformes minières au Gabon, notamment l’ambition de renforcer la transformation locale des minerais, comme celle du manganèse. Mais pour la dirigeante de Talex, il ne peut y avoir d’industrialisation solide sans un préalable concret : «Un État qui ne connaît pas précisément ses volumes de production ne peut pas imposer des règles d’industrialisation crédibles», conclut-elle.

Sources :

Interview de Mégane Kouna, PDG de Talex, Forbes Afrique, «L’absence de contrôle dans le secteur minier fait perdre plus de 50 milliards de francs CFA de revenus par an à l’État gabonais».

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