Mauvaise passe pour l’Union nationale
L’Union nationale (UN, parti de l’opposition dissous) a réuni samedi, à son siège de l’Ancienne Sobraga, ses militants à qui les responsables de cette formation avaient déclaré délivrer un message important. Un flop, de l’avis d’observateurs pourtant acquis aux causes de l’opposition, puisque rien de nouveau n’est sorti des déclarations et que l’absence d’André Mba Obame, pourtant à l’origine de cette convocation, a relancé les rumeurs sur ses ennuis de santé. Surtout, l’exaspération de certains militants, parmi les plus jeunes, est apparue au grand jour.

Prévus à 14 heures, ce n’est qu’à 17 heures 45 que les responsables de l’Union nationale se sont présentés à la foule militante, composée d’un millier de personnes environ. Certains partis amis, Morena unioniste, Morena originel, URDP, PDN, EPI et CCDG, avaient tenu à honorer ce meeting.
Dès l’entame, ce sont les jeunes qui se sont imposés en vue de s’exprimer, conférant au meeting un ton plus agressif que prévu par ses organisateurs. Avec fougue, deux jeunes ont pris la parole pour haranguer la foule et l’inviter à «passer à l’action». Pour ces jeunes, les responsables de l’UN ne sont pas à la hauteur des attentes, ce qui, à leurs yeux, qui les oblige à prendre leurs responsabilités face au refus des autorités en place de réhabiliter l’Union nationale et d’organiser la conférence nationale souveraine.
Des affrontements physiques ont ponctué le rassemblement entre des jeunes radicaux et d’autres militants cherchant à les calmer ou refusant leurs critiques. Ces échauffourées, appelant même parfois au lynchage des dirigeants, ont éclipsé les discours qui se sont déroulés dans le brouhaha.
Jean Eyéghé Ndong fut le premier orateur officiel de ce meeting. Dans son propos, l’ancien premier ministre a longuement critiqué le régime en place. Il a fustigé le Conseil national de la communication (CNC) qui se confine, selon lui, dans un rôle de spectateur ambulant. De même, il est revenu sur la dissolution de l’UN qu’il qualifie d’inique et d’injuste. Enfin, il a appelé le peuple à prendre ses responsabilités face à de multiples maux qu’il rencontre dans son existence.
Pour sa part, le président de l’Union nationale, Zacharie Myboto, est parti, pas à pas, pour faire le point sur les maux dont souffre le Gabon. Pour lui, les différentes crises au Gabon ont un dénominateur commun : la fraude électorale. Depuis septembre 2009, a-t-il soutenu, le Gabon est malade. Malade de ses dirigeants, malade de ses institutions. Dans ce contexte, il a préconisé le nettoyage du code électoral, le retour à un scrutin présidentiel à deux tours et la réhabilitation de l’Union nationale.
En rappelant aux jeunes qu’ils ont déjà fait leur temps, Zacharie Myboto a expliqué que sa volonté et celle de ses collègues de l’UN est de laisser un héritage rénové à la jeune génération.
Il a fustigé les agences logées à la présidence de la République qu’il présente comme «un gouvernement bis». «Qu’en est-il des 5 000 logements, de l’aéroport d’Andeme ?», a-t-il interrogé avant d’évoquer les problèmes de la vie chère et des infrastructures routières. Cependant, alors que les militants attendaient un mot d’ordre pour descendre dans la rue, Zacharie Myboto a expliqué que la volonté du camp en face est de faire en sorte que les membres de l’opposition passent pour des criminels. «Nous ne sommes pas des violents, nous ne sommes pas des tueurs… voilà ce qu’on veut faire de nous. Le pouvoir veut se saisir de ces amalgames pour commettre des crimes et nous faire porter la responsabilité», a-t-il dénoncé avant de déclarer qu’ils entendent atteindre leur but par des actions démocratiques.
A cette rencontre aucun mot n’a été prononcé sur l’ultimatum fixé à la fin du mois d’octobre dernier invitant le pouvoir en place à organiser la Conférence nationale souveraine. Aucun mot non plus n’a été prononcé à propos de l’Union des forces du changement (UFC), de même que sur l’absence très remarqué du secrétaire exécutif de l’Union nationale, André Mba Obame.
Au sortir du meeting, la déception était patente certains allant jusqu’à affirmer que c’était une capitulation devant le pouvoir. «Ce sont toujours les mêmes discours. On est fatigué. On a quand même l’impression qu’il y a un arrangement sur notre dos. On était venu pour marcher», a affirmé Chimène Medza à l’AFP, enseignante qui n’a pas participé aux bagarres. «On nous avait dit : “après le 30 (octobre), on demandera à Bongo de partir” et là, ce sont des discours», a ajouté Vincent Essono, agent de sécurité. Certains accusaient ouvertement les dirigeants «d’arrangements avec le pouvoir», d’autre parlaient de «débandade», les plus modérés se désolaient de l’absence de perspectives politiques : «On commence à se demander si ceux qui nous ont fait miroiter des changements profond dans la politique gabonaise ont les moyens et l’envie de le faire. Si c’est juste pour faire du bruit, ça ne sert à rien ! Le parti est dissous et nos leaders politiques n’ont plus rien à nous dire. Ce n’est pas comme ça qu’on chassera les Bongo du pouvoir» déclarait, désabusé, un monsieur d’un certain âge en quittant les lieux avant la fin des discours.





