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Société

«La stupidocratie» : quand l’incompétence devient un système de gouvernement en Afrique

Par La Rédaction
· mis à jour le 28 octobre à 0h26 · 4 min de lecture

«La stupidocratie» : quand l’incompétence devient un système de gouvernement en Afrique
L’auteur (en ensemble marron), le préfacier et le critique, lors de la cérémonie de présentation du livre, le 8 aout 20263, à Libreville. © GabonReview

 

«La gouvernance des incompétents» : le mot est lâché, et il donne son titre à un essai qui n’y va pas par quatre chemins. Présenté samedi 8 août à Libreville, l’ouvrage intitulé «Stupidocratie, les conséquences du gouvernement de l’incompétence en Afrique», de François Mongumu Ebuta, questionne les mécanismes de gouvernance qui entretiennent, selon lui, les difficultés persistantes du continent africain, à travers une réflexion critique sur les pratiques politiques et leurs conséquences sur les populations.

L’auteur (en ensemble marron), le préfacier et le critique, lors de la cérémonie de présentation du livre, le 8 aout 20263, à Libreville. © GabonReview

 

Philosophe, expert en gestion, chef d’entreprise et politologue, François Mongumu Ebuta mobilise dans son nouvel essai analytique et prospectif un concept qu’il façonne lui-même, celui d’une gouvernance marquée par l’incompétence et la «stupidité intellectuelle et pratique» de certains dirigeants. «Ce livre parle de la gouvernance des incompétents en Afrique, ce que j’ai nommé la stupidocratie», a expliqué l’auteur lors de la présentation de son ouvrage. Selon lui, cette forme de gouvernance contribue à l’accumulation de difficultés dans plusieurs secteurs essentiels : pauvreté, accès à l’eau, énergie, industrie, habitat, paix et numérique.

Le paradoxe d’un continent riche

Instantanés de la cérémonie et la couverture du livre. © GabonReview

Pour François Mongumu Ebuta, le paradoxe africain réside dans l’écart entre l’abondance des ressources naturelles du continent et les conditions de vie d’une partie de ses populations. «L’Afrique est un continent très riche, extrêmement riche», soutient-il, estimant que la mauvaise gouvernance empêche la transformation des richesses du sous-sol et des sols en véritables leviers de développement.

L’auteur cite notamment la question de l’accès à l’eau. «Il y a des pays qui sont entourés d’eau, qui sont baignés par des rivières et des océans, mais dont la population manque d’eau», déplore-t-il. Une contradiction qui, selon lui, illustre les conséquences concrètes de systèmes de gouvernance qui peinent à répondre aux besoins fondamentaux des populations.

Un ouvrage nourri par des situations réelles

Composé de sept chapitres, «Stupidocratie» s’appuie également sur des situations inspirées de faits réels pour illustrer les dérives dénoncées par l’auteur.

Le critique littéraire Eric Kabaga Lekogo a salué le courage de l’auteur, estimant que l’ouvrage assume un propos volontairement radical, mais ancré dans les réalités africaines. Certaines pages consacrées aux difficultés sociales, aux politiques publiques et aux pratiques de gouvernance figurent, selon lui, parmi les plus marquantes du livre.

La diplomatie culturelle mise à contribution

Présent à la cérémonie, Jordan Betshindo, représentant de l’ambassade de la RDC chargé des affaires culturelles, a également souligné l’intérêt de l’ouvrage dans le débat sur l’avenir du continent.

Pour lui, la diplomatie classique ne suffit plus à répondre à toutes les préoccupations contemporaines. La diplomatie culturelle peut également contribuer à nourrir la réflexion sur les enjeux de développement. «Ce livre est centré sur une problématique qui dépasse les frontières et elle mérite de circuler sur le continent afin d’amener dirigeants et populations à réfléchir aux solutions susceptibles de sortir l’Afrique de ses difficultés structurelles», a-t-il déclaré.

Des solutions fondées sur l’implication des populations

Au-delà du diagnostic, François Mongumu Ebuta entend proposer des pistes de solutions. Il plaide notamment pour une plus grande implication des populations dans la gestion des questions qui touchent directement leur quotidien. «Les solutions concrètes, c’est faire en sorte que les gouvernants impliquent les populations dans la gestion de leur vie quotidienne», affirme-t-il.

L’auteur cite notamment l’accès à l’eau et à l’énergie. Il estime que les communautés pourraient être davantage organisées pour répondre localement à certains besoins, notamment grâce aux forages et à d’autres solutions de proximité.

Cette approche doit également, selon lui, s’étendre à la gestion des ressources naturelles. Les populations locales devraient être associées aux projets d’exploitation afin de connaître la destination de la production, son utilité et les bénéfices qu’elles peuvent en tirer. Pour lui, cette responsabilisation des communautés constitue l’une des voies permettant de lutter contre la pauvreté, les conflits, l’habitat précaire et les constructions anarchiques.

Avec «Stupidocratie», François Mongumu Ebuta livre ainsi un réquisitoire contre les insuffisances de la gouvernance africaine, tout en appelant à une rupture avec les modèles qui éloignent les populations des décisions concernant leur quotidien. Son essai entend surtout replacer la compétence, la responsabilité et la participation citoyenne au cœur de la construction d’une Afrique capable de transformer ses richesses en véritable progrès social.‎

‎Thécia Nyomba

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