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Société

Ezombolo et La Une s’installent en Zone autonome temporaire

Par Gérald Mounomby
· 4 min de lecture

Ezombolo - La Une, première parution après interdictionInterdits de parution pour six mois, les journaux La Une et Ezombolo ont décidé de ne pas se soumettre à la sanction du Conseil national de la communication (CNC). Ils ont commencé à paraitre clandestinement, créant ainsi une zone autonome temporaire, selon la définition d’Hakim Bey, philosophe et père idéologique des hackers.  

Jean de Dieu Ndoutoume-Eyi, directeur de la publication du journal Ezombolo et Maximin Mezui, patron de l’hebdomadaire La Une, qui avaient promis lors d’une conférence de presse, le 8 août dernier à Libreville, qu’ils passeront outre la décision du CNC de les suspendre, ont finalement mis leur parole à exécution.

Pour «non respect des institutions de la République et les personnalités qui les incarnent», le CNC a infligé, le 3 août dernier, une interdiction de paraître durant six mois à ces deux journaux. Cette «décision ne nous concerne pas. C’est pourquoi, avant d’aller en vacances, nous allons fabriquer nos journaux et les publier la semaine prochaine», a déclaré Jean de Dieu Ndoutoume Eyi, le 8 août. «Nous avons pris toutes les précautions pour que nos journaux puissent être publiés et distribués», a précisé à l’occasion Maximin Mezui du journal La Une.

Les deux dirigeants de presse ont donc mis à exécution ce qu’ils avaient annoncé. Les imprimeurs locaux ne pouvant presser un journal interdit, les compères ont entrepris de faire imprimer à l’étranger un nouveau journal à en-tête hybride «Ezombolo La Une» que certains lecteurs nomment déjà «Unezo». Ayant eu des problèmes à acheminer le journal imprimé vers le Gabon,  ils se sont résolus à utiliser la photocopie, le spam et les techniques du webmarketing viral pour distribuer gratuitement leur journal clandestin sous la forme d’un fichier PDF.

Récidivistes, ils titrent «Bibendum veut quitter le pays en catimini», tandis que l’éditorial, dénommé «L’édito’râle», planche sur le «Devoir de révolte». Jean de Dieu Ndoutoume-Eyi y cite Joseph Pulitzer : «Le journalisme c’est de l’indiscipline en puissance, du désordre en jachère et de l’encombrement incontrôlable». Il pose également une argumentation pro domo qui lui permet de conclure : «La presse libre doit-elle cesser d’exister sous prétexte qu’elle importune Ali Bongo ? car c’est de cela qu’il s’agit. Notre combat vient de commencer. Le devoir de ceux qui ont foi dans cette lutte est simple : se révolter.» De la véritable défiance.

Dans un article interminable intitulé «Les vraies raisons de notre suspension», l’un des compères affirme que le directeur de cabinet du président Ali Bongo est le véritable instigateur de leur mise au ban. Maixent Accrombessi aurait tenté à deux reprises d’obtenir le silence et même le rachat de l’un de ces titres. Le groupe singapourien Olam et l’Agence nationale des grands travaux y sont passés au laminoir, avec moult chiffres et anecdotes supposant les «magouilles et le pillage organisé du pays dissimulés derrière cette mafia qu’il a organisée à la tête de l’Etat». On trouve dans la livraison clandestine, divers autres articles. Notamment, «Nous n’avons pas de pays» par Gregory Ngbwa Mintsa ; «Les mensonges criminels d’Olam» ; «Aux forces de sécurité et de défense» ou «Voici celui qui dépèce l’opposition dans La Griffe», par Télesphore Obame  Ngomo qui s’en prend à Raphaël Ntoutoume Nkoghé, dirigeant du satirique La Griffe, accusé «d’insulter de paisibles citoyens gabonais, y compris l’Archevêque de Libreville, Monseigneur Basile Mvé Engone».

Un deuxième numéro de ce journal couplé serait en préparation et devrait sortir avant la fin de la semaine. Interviewé par RFI après la conférence de presse des deux directeurs de publication qui annonçaient qu’ils n’allaient pas arrêter la parution de leurs journaux, le président du CNC, Guy Bertrand Mapangou, a indiqué «Au cas où ces journaux paraissaient malgré l’interdiction, mon administration ne pourra prendre aucune décision. Il reviendra au ministère de l’intérieur, ampliateur de la décision sanctionnant les deux titres, de constater le délit de trouble à l’ordre public.» Comment le ministère de Jean François Ndongou va-t-il agir pour démanteler cette Zone autonome temporaire (TAZ), crée dans le pur esprit pirate théorisé par Hakim Bey ?

Hakim Bey pense en effet que la TAZ «se manifeste à qui sait la voir, apparaissant-disparaissant pour mieux échapper aux Arpenteurs de l’Etat. Elle occupe provisoirement un territoire, dans l’espace, le temps ou l’imaginaire, et se dissout dès lors qu’il est répertorié. La TAZ fuit les TAZs affichées, les espaces «concédés» à la liberté : elle prend d’assaut, et retourne à l’invisible. Elle est une «insurrection» hors le Temps et l’Histoire, une tactique de la disparition.» Ezombolo et La Une semblent s’y être réfugiés. Pour combien de temps ?

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