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Économie

Exploration pétrolière : Shell de retour au Gabon, dix ans après la rupture

Par Dimitri Mimongo
· mis à jour le 28 octobre à 1h09 · 3 min de lecture

Exploration pétrolière : Shell de retour au Gabon, dix ans après la rupture
L’emblème de Shell, de nouveau associé au bassin pétrolier gabonais après le protocole signé le 22 juin. © Camron Flanders / Flickr

 

Shell, la major britannique, mise de nouveau sur l’offshore profond gabonais. Un signal politique fort, mais pas encore un engagement industriel. La compagnie a paraphé, le 22 juin, un protocole d’accord avec Libreville pour évaluer le potentiel de plusieurs blocs en offshore profond et très profond. Pas encore un contrat de production : plutôt une phase d’études techniques, qui inscrit néanmoins la major dans la stratégie de reconquête pétrolière engagée par les autorités gabonaises.

L’emblème de Shell, de nouveau associé au bassin pétrolier gabonais après le protocole signé le 22 juin. © Camron Flanders / Flickr

 

Le document a été signé par le ministre du Pétrole et du Gaz, Clotaire Kondja, et Thomas Praeger, responsable de l’exploration et des nouvelles opportunités chez Shell. Il confie au pétrolier la mission d’apprécier les perspectives géologiques de plusieurs blocs maritimes, dans les segments en eaux profondes et très profondes, encore largement sous-explorés du bassin sédimentaire gabonais.

Paraphes croisés. Thomas Praeger (Shell) et Clotaire Kondja (ministre du Pétrole et du Gaz) scellent le retour de la major britannique dans l’offshore profond gabonais. © D.R.

Ce rapprochement intervient près d’une décennie après le départ de Shell des actifs terrestres gabonais. Le groupe avait poursuivi un désengagement progressif de ses positions, jusqu’à céder ses derniers intérêts offshores à CNOOC International, la branche internationale de la China National Offshore Oil Corporation, en 2024. Son retour, sous une forme exploratoire, referme donc une parenthèse de retrait pour rouvrir un dossier que Libreville espérait relancer.

Un troisième géant dans la stratégie offshore

Avec Shell, le Gabon enregistre l’arrivée d’une nouvelle major dans une séquence amorcée en octobre 2025, lorsque ExxonMobil et BP avaient chacun signé un protocole d’accord portant, eux aussi, sur les zones profondes et ultra-profondes. Le ministre Clotaire Kondja tablait alors, depuis le forum «Invest in African Energy» de Paris, sur une conversion de ces accords préliminaires en contrats fermes dans un délai de quatre à six mois.

La démarche est assumée : plutôt que de lancer de larges appels d’offres, les autorités ciblent un cercle restreint d’opérateurs capables d’affronter la complexité technique et financière du très grand fond. Le code pétrolier a d’ailleurs été révisé pour en aiguiser la compétitivité. En s’intéressant à ces blocs, Shell ne se contente pas de réapparaître : la compagnie teste un potentiel de rentabilité dans un bassin où le Gabon espère capter davantage de valeur ajoutée.

Un signal à manier avec prudence

Sur le plan politique, l’annonce a une portée symbolique évidente. Elle conforte l’idée que le pays redevient une destination crédible pour les capitaux internationaux, au moment où il cherche à concilier maîtrise nationale des ressources et ouverture aux investisseurs. Le retour d’un nom comme Shell vaut, à lui seul, message de confiance adressé aux marchés.

Reste qu’un protocole d’accord n’est pas un puits. Shell a déjà cédé ses actifs gabonais avant de se retirer, rappel utile que les majors ajustent d’abord leur stratégie à la rentabilité et au risque. L’épisode ne garantit, à ce stade, ni investissement immédiat, ni création rapide d’emplois, ni recettes fiscales à court terme. Si les études débouchaient sur des découvertes, le bénéfice serait considérable en données géologiques, en perspectives de production et en crédibilité. Dans le cas contraire, l’annonce resterait surtout un test pour la politique pétrolière du pays, qui parie sur l’offshore profond pour compenser le déclin de ses gisements matures.

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