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Sport

Ali Bongo félicite Anthony Obame, et après?

Par Biggie Malouana
· 3 min de lecture

Comme pour Ruddy Zang Milama lors de sa victoire sur 100 m dames aux championnats d’Afrique d’athlétisme, le président Ali Bongo a adressé ses «plus vives et chaleureuses félicitations à Anthony Obame pour avoir remporté la toute  première médaille olympique de l’histoire de notre pays».

Podium olympiqye du taekwando +80 kg - Gabonreview.com

Anthony Obame est en effet devenu le plus grand sportif gabonais de tous les temps, en remportant le 11 août à Londres la médaille d’argent lors de la finale du tournoi de taekwondo masculin chez les plus de 80 kg, derrière l’Italien Carlo Molfetta. «Notre compatriote aurait pu remporter la médaille d’or. A la fin des trois manches et du temps réglementaire, les deux taekwondoïstes étaient à égalité, 9 touches partout. L’Italien a finalement remporté sur décision des juges dans une “victoire par supériorité”», indique le communiqué de la présidence de la République.

«C’est un grand moment pour le sport gabonais et une immense joie pour toute la Nation. Une fois encore, le Gabon est fier de ses sportifs. Après la victoire des juniors au championnat d’Afrique de football et leur qualification aux JO en décembre 2011, les exploits des Panthères durant la CAN et la belle qualification de Ruddy Zang Milama au 2nd tour du 100m début août, cette première médaille aux Jeux Olympiques démontre que le sport gabonais est en plein développement», poursuit le texte.

Le chef de l’État conclu que «Ce sont des leçons de vie, d’endurance, de cohésion et de patriotisme que ces jeunes athlètes donnent à toute la Nation. Ils démontrent une fois de plus, qu’avec de la ténacité et de la volonté, tout est possible.»

Tout est possible en effet, à condition bien sûr que l’État mette les athlètes dans les conditions idéales, et cela passe par la mise en place d’une «véritable» politique de développement sportif. Mais en a-t-il seulement la volonté ?

A l’heure des congratulations et des bilans, l’effet Usain Bolt amène à se poser des questions sur le sport gabonais. On notera que le Gabon a un PIB  de 17 050 millions de dollars US alors que celui de la Jamaïque est de 15 070 millions de dollars US (source : Banque mondiale). On devrait donc penser qu’avec trois fois moins d’habitants que la Jamaïque, le Gabon a les moyens de développer son sport, en investissant des budgets conséquents et surtout des infrastructures dédiées. On se demande en effet si l’exploit d’Antony Obame aurait été possible s’il s’entrainait au Gabon comme ses compatriotes.

Le Gabon n’a même pas de sport à l’école. La plupart des écoles construites ces dernières décennies, sur le modèle des écoles dites Ngoua Ngou, n’ont pas d’aire de jeu, encore moins d’espaces dédiés à l’exercice du sport. Dans les lycées et collèges, on a tout au plus un peu d’EPS dont de nombreux élèves sont d’ailleurs dispensés. L’Institut national de la jeunesse et des sports (INJS) forme des professeurs de sport qui n’auront jamais les moyens de vraiment susciter des vocations ou de déceler des graines de champions.

La fierté nationale d’avoir Antony Obame et Ruddy Zang Milama doit amener les pouvoirs publics à réfléchir et à agir pour booster le sport national de haut niveau, qui dispose d’ailleurs d’une direction au ministère de la Jeunesse et des sports. Les prochaines olympiades auront lieu dans quatre ans. Le temps pour former un ingénieur à l’université, mais aussi le temps d’amener Antony Obame  et Zang Milama à l’amélioration de leurs performances. Des moyens conséquents et adaptés sont absolument nécessaires pour ces sportifs amateurs. Les petits cadeaux en numéraire ne suffisent plus. Il faut fabriquer des petits frères à Antony Obame, tout comme la Jamaïque prépare déjà la relève de Usain Bolt.

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