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Culture

Clip, clip, holà ! (ou comment faire du médiocre, la norme)

Il y a trop d’émission programmant des vidéoclips sur la télévision gabonaise, trop de présentateurs qui n’ont pour seul mérite que d’avoir forcé le portillon du petit écran. La production locale de vidéoclip est d’ailleurs elle aussi en nette régression qualitative. Où sont donc les enfants ou petits frères des Didier Ping, André Ottong et autres Thierry Animba ?

Par Gérald Mounomby
· 4 min de lecture

Il y a trop d’émissions programmant des vidéoclips sur la télévision gabonaise, trop de présentateurs qui n’ont pour seul mérite que d’avoir forcé le portillon du petit écran. La production locale de vidéoclip est d’ailleurs elle aussi en nette régression qualitative. Où sont donc les enfants ou petits frères des Didier Ping, André Ottong et autres Thierry Animba ?

Bad TV Gabon

«Avant le journal télévisé on danse. Après le journal, on danse encore», s’était indignée il y a quelques années une défunte grande dame du Gabon. Les caméras du Gabon ne sortent en effet que pour filmer de la danse. Dieu sait pourtant qu’il y a tant d’autres choses à filmer dans ce pays que si les caméras étaient autant utilisées qu’elles le sont pour le tournage des vidéoclips, le pays serait sans doute le champion d’Afrique du documentaire ou du reportage. Mais, puisqu’on ne filme que ça, il est légitime de s’étonner de ce que la qualité des vidéoclips gabonais soit si dégoûtante. Il est pourtant connu que plus on travaille dans une discipline, plus on s’y améliore. Ce qui est le contraire au Gabon.

Dans la première partie de l’histoire du vidéo-clip gabonais, les chanteurs se mettaient devant un bel immeuble de la capitale et faisaient réaliser leurs clip aux chorégraphies dignes de marionnettes désarticulées, avec tout au plus deux plans. L’immeuble des arcades a ainsi été filmé sous tous les angles jusqu’à ce que le défunt André Ottong vienne révolutionner les choses avec la chanson «Bovengagoye» de Vickoss Ekondo dont les scènes étaient inspirées des ballets et de la rigueur technique du film «Un Prince à New York».

Sur une longue période les clips gabonais ont eu du mal à se départir des normes posées par Ottong André : Ballets méticuleusement synchronisés, décors de villages africains, maquillages traditionnels ou guerriers, raphia et pailles en vrac. On se félicitait alors de cette facture particulière de la clipographie gabonaise.

Un nouveau tournant dans la modernité et la qualité fut pris avec le clip «Elone Show» de Vibration, shooté par Thierry Animba. Les Arnold Djoud et autres 3MJ vont user du genre jusqu’à la dépréciation. On fera l’économie de l’apport éblouissant de Didier Ping qui introduira les effets spéciaux et ira jusqu’à faire construire des décors inexistants, à l’instar d’une soute de bateau négrier. Mais la bulle a fini très vite par crever. La musique gabonaise devenue l’échappatoire social de nombreux bons à rien, la qualité des vidéoclips est retombée au niveau zéro : les ballets suintent l’impréparation et le carrefour de l’ancien hôtel Dialogue, celui de l’immeuble du Pétrole et le jardin terre-plein situé en face de l’hôpital Jeanne Ebori sont redevenus les sempiternels décors des clips gabonais.

Alors qu’ils copient de manière éhontée tous les schémas américains, les rappeurs Gabonais, hormis ceux produits par Eben Entertainment, n’ont nullement produit de bons clips. Bien au contraire. Il s’agit pour la plupart d’entre eux d’exhiber quelques T-shirts faussement griffés et de rassembler sur le film tout ce qu’ils peuvent de potes, copines, cousins, beaux-frères et autres parents du village. Sans doutent pensent-ils que la grande gueule suffit à faire un bon clip. On ne copie Dr Dre, Jay-Z ou 50 cents que dans les vêtements et la rage.

La saturation de ces clips de piètre qualité atteint son comble avec le nombre d’émissions de télévision dédiés aux vidéo-clips. Notez, «Vibe», «Project One», «100 % Gaboma», «Hip Hop Groove», «FiestAfrica», «La Totale» et on en passe ; que d’émissions de visionnage de clips ! Que de remplissage inutile des grilles des programmes ! Dire que ces clips servent déjà d’interlude sur les mêmes chaînes de télévision dès que celles-ci n’ont rien à programmer. Certaines chaînes de télévision vont jusqu’à avoir trois émissions passant des vidéoclips sous le prétexte d’une catégorisation par genre. Piètre argument lorsqu’on sait que Soul, R n’ B et Hip Hop sortent du même creuset et constituent simplement différentes facettes d’une seule et même réalité, la culture urbaine.

Incapables de trouver une idée d’émission originale, bon nombre de prétendus présentateurs de télévision au Gabon se sont résignés à n’être que des passeurs de clips. Ils font de surcroît rire les téléspectateurs en accompagnant leurs programmations de quelques news et lieux communs connus de tous parce que glanés sur Internet ou dans la presse jeune que leur public découvre bien souvent avant eux. En ce siècle de l’Internet et de la prolifération des journaux que peut bien apprendre un Must Omar, un Calvin ou un Lionel Sympa à un jeune Gabonais réellement branché. Sans doute ces derniers ont-ils un public : les jeunes villageois privé d’Internet ou d’antennes paraboliques. Stop making non sens !!!

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