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Environnement

L’accaparement des mers, un danger pour l’Afrique

Par Loic Ntoutoume
· 4 min de lecture

Le Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter, a mis en garde, le 30 octobre 2012, contre la menace que l’accaparement des mers fait planer sur la sécurité alimentaire. Il a vivement recommandé aux gouvernements du monde entier et aux organes internationaux de mettre le holà à l’épuisement des stocks halieutiques et de prendre des mesures urgentes afin de protéger, de soutenir et de partager les bénéfices retirés des pêches et des environnements marins.

L’accaparement des mers est une menace aussi grave que l’accaparement des terres, estime le rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, De Schutter, qui interpelle les autorités des pays du monde à revisiter de manière urgente les Accords de licence et d’accès (ALA) qui régissent leurs activités. «Sans une action rapide pour sauver les eaux de pratiques intenables, les pêches ne pourront plus jouer leur rôle capital dans la garantie du droit à l’alimentation de millions de personnes», a annoncé l’expert avant de remarquer que «les systèmes agricoles étant soumis à une pression croissante, bon nombre de personnes se tournent aujourd’hui vers les rivières, les lacs et les océans pour se procurer une part grandissante de nos protéines alimentaires».

Ces pratiques de l’accaparement des mers sous la forme d’accords d’accès déséquilibrés qui prennent de l’ampleur, nuisent aux pêcheurs artisanaux. Constitués de prises non signalées, d’incursions en eaux protégées et de détournement des ressources au détriment des populations locales, elles peuvent s’avérer une menace aussi sérieuse que celle des terres car elles favorisent la diminution de l’offre de poisson par habitant dans les pays pauvres et en premier lieu, en Afrique.

«La consommation de poisson en Afrique a beau être la plus faible en quantité par habitant (9 kg contre une trentaine de kilos dans les pays industrialisés), elle constitue, en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, la moitié des apports en protéine, un record. Mauvaise nouvelle, l’offre de produits de la mer par habitant a baissé en Afrique. C’est le seul continent touché pour l’heure, mais les îles du Pacifique pourraient bientôt lui emboîter le pas», souligne le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, relayé par Claire Fages dans son émission «Chronique des matières premières» sur RFI.

«Les ressources locales de poisson échappent de plus en plus à la pêche traditionnelle, elles sont accaparées par les flottes industrielles lointaines, dont la capacité serait déjà deux fois supérieure à la limite d’une exploitation viable des océans… Ces chalutiers géants, qui emploient 500 000 personnes dans le monde, capturent à présent autant de poisson que les 12 millions de pêcheurs artisanaux de la planète, soit 30 millions de tonnes, et avec une consommation de mazout quatre fois plus importante», précise Olivier De Schutter.

«Les pays exportateurs devraient, selon le rapporteur de l’ONU, au nom du devoir alimentaire et de l’emploi, assurer la pérennité la pêche traditionnelle, même s’ils vendent des licences de pêche à l’étranger. Et ils doivent veiller à ce que les retombées financières de ces accords soient suffisantes et profitent à leur population. La Guinée-Bissau, par exemple, reçoit 2% de la valeur finale des prises. Le Mozambique, lui, vend ses crevettes à l’étranger, pour importer des poissons plus bas de gamme de Namibie ou d’Afrique du Sud pour sa population, mais les termes de l’échange se sont dégradés».

De Schutter, appelle à ce que les ALA incluent des mécanismes de contrôles plus stricts afin de parer aux prises illégales et non signalées ; qu’ils tiennent pleinement compte du rôle des pêches et des pêcheurs artisanaux dans la satisfaction des besoins alimentaires locaux ; qu’ils renforcent les droits des travailleurs sur les navires de pêche ; et qu’ils soient exclusivement conclus sur la base des évaluations de l’impact sur les droits de l’homme, qui doivent être préparées avec l’aide des États du pavillon.

Le principal défi, a indiqué M. De Schutter, est d’assurer la coexistence entre la pêche industrielle et les droits des pêcheurs artisanaux et des communautés côtières pour qui même une pêche occasionnelle peut s’avérer un filet de sécurité capital en temps de crise. Il avance donc les cinq recommandations suivantes :

  1. Créer des zones de pêche exclusivement artisanales pour les petits pêcheurs et instaurer des mesures répressives contre les incursions des flottes industrielles ;
  2. Soutenir les coopératives de pêcheurs artisanaux et les aider à s’élever dans la chaîne de valeur ;
  3. Mettre en place des plans de cogestion afin de gérer localement les ressources halieutiques ;
  4. S’abstenir d’entreprendre des projets de développement à grande échelle, comme l’extraction de sable, qui ont un impact défavorable sur les moyens de subsistance des pêcheurs artisanaux ;
  5. Intégrer à part entière les pêches et les pêcheurs artisanaux dans le droit national aux stratégies alimentaires.

Télécharger le rapport : «La pêche et le droit à l’alimentation».

Pêche industrielle - © D.R.

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