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Société

Deuxième livraison clandestine d’“Ezombolo” et “La Une”

Par Francois Ndjimbi
· 4 min de lecture

Interdits de parution pour six mois, depuis le 3 août dernier, les journaux La Une et Ezombolo, qui avaient indiqué, le 8 août, qu’ils passeront outre la décision du Conseil national de la communication de les suspendre, viennent de procéder à leur deuxième livraison clandestine. Entre pamphlet, satire et cri de rage.

L'édition clandestine de Ezombolo-La Une

Nouveaux signaux en provenance de la zone autonome temporaire où se sont installés, depuis le 8 août 2012, Jean de Dieu Ndoutoume-Eyi, directeur de la publication du journal Ezombolo et Maximin Mezui, patron de l’hebdomadaire La Une, lorsqu’ils avaient annoncé qu’ils outrepasseront l’interdiction de paraitre  qui leur a été infligé par le Conseil national de la communication. Pour «non respect des institutions de la République et les personnalités qui les incarnent», l’organe de régulation des médias au Gabon avait prescrit, le 3 août, une interdiction de paraître durant six mois à ces deux journaux.

Les compères qui avaient alors déclaré que cette «décision ne nous concerne pas (…) nous allons fabriquer nos journaux et les publier», viennent de procéder à leur deuxième livraison clandestine. Imprimé à l’étranger le journal à en-tête hybride «Ezombolo-La Une» que certains lecteurs nomment déjà «Unezo», est actuellement vendu sous le manteau.

Iconoclaste et satirique à leur habitude, l’éditorial de ces journaux assemblés se nomme «L’édito’Râle» et a pour titre «Au revoir, cher président des étrangers !». Il y est question d’un Gabon colonisé «par le Bénin, grâce à Accrombessi ; le Maroc, à travers Henri Ohayon ; et même la Somalie, un non-Etat, par Liban Soleman interposé». La livraison titre par ailleurs, sur cinq colonnes, «Face à l’arrogance d’Ali : Arrêtons de parler, passons aux actes», un texte dans lequel les auteurs indiquent que les appels à la négociation n’étant pas entendus par le pouvoir, il faut que l’opposition «arrête de croire que le pouvoir lui tombera entre les mains comme un fruit mûr, sans autre efforts de sa part que les conférences de presse et les meetings. Il faut provoquer sa chute. En devenant le vent ou carrément l’orage qui souffle.»

La livraison interlope qui compte douze pages d’articles pamphlétaires, est parsemée d’une titraille oscillant entre le sérieux et le coup de gueule, en passant par le surréalisme. Entre autres, «Les signes qu’il faut savoir décrypter», «Plus de 2 milliards pour faire exploser l’UN», «Mayila, comme le scorpion de la fable», «Ali Bongo veut imposer le pidgin au Gabon», «Accrombessi réclame sa part du butin planqué avant de dégager», «4 milliards aux marabouts pour paralyser AMO» ou «Ndongou, tu as eu !». On note également un article intitulé «Ali a commandité un sondage par rapport à la conférence nationale souveraine». On y apprend que Paris a demandé une enquête à la DGSE (services secrets français) et que le président Ali Bongo a commandité un travail similaire aux services de Contre-ingérence et de la sécurité militaire (B2). Il ressort des deux études, selon la paire de journaux proscrits, que 96 % des jeunes demanderaient la départ du président Ali Bongo, 66% des vieux seraient favorables à la conférence nationale «contre 76 % pour la tranche intermédiaire.»

On peut également signaler un billet intitulé «Pourquoi on résiste…» dans lequel il est indiqué que la nomination du président du CNC, Guy Bertrand Mapangou, a enfreint à l’article 98 de la Constitution. Et le journal clandestin d’indiquer au sujet du président de l’institution ayant interdit Ezombolo et La Une : «S’il n’a pas honte et, donc, le courage de demander que les choses soient faites dans le respect de la loi, il est mal placé pour parler de violation de la loi. Tant que cette violation de la loi n’est pas réparée, nous ne le reconnaissons pas comme président du CNC. Après tout, la loi n’est pas faite pour être appliquée contre certains et pas contre d’autres.»

Comme déjà indiqué sur Gabonreview, cet acte d’insubordination est une manifestation de la TAZ (Zone autonome temporaire), culture pirate théorisée par Hakim Bey, le philosophe moderne qui se qualifie lui-même d’anarchiste ontologiste. La TAZ «est un moment d’action dont la forme éphémère garantit sa pleine indépendance, lors de manifestation notamment, où la zone est réappropriée et libérée de toute force étatique et commerciale. La TAZ est un moment d’espace libéré où les rapports de domination doivent être abolis. Ces instants font entrevoir que quelque chose d’autre que la fatalité quotidienne est possible même si il est vrai que ces moments où tout semble s’écrouler sont en décalage avec la réalité, qui rappelle en général vite à l’ordre.»

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