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Économie

Pouvoir d’achat en chute libre : Quand se nourrir devient un luxe au Gabon

Par Dimitri Mimongo
· mis à jour le 28 octobre à 2h15 · 4 min de lecture

Pouvoir d’achat en chute libre : Quand se nourrir devient un luxe au Gabon
Dans les marchés de Libreville, la vie chère n’est pas un concept, c’est une réalité quotidienne. © GabonReview

 

Inflation «maîtrisée» sur le papier, frigo vide dans la réalité. Tandis que les indicateurs officiels rassurent, les marchés de Libreville racontent une autre histoire : celle du lait passé de 2 000 à 3 000 francs, du poisson devenu hors de portée et de familles contraintes de supprimer un repas. Entre statistiques et survie quotidienne, l’écart se creuse. Et il devient impossible à ignorer. Un reportage de Gabon 1ère a mis les pieds dans le plat ; un plat dans lequel la Centrale d’achat annoncée est très attendue.

Dans les marchés de Libreville, la vie chère n’est pas un concept, c’est une réalité quotidienne. © GabonReview

 

Hier, jeudi 12 février 2026, le Journal Télévisé de 20h sur Gabon 1ère a donné la parole aux consommateurs dans les marchés de Libreville. Le constat est clair : les prix augmentent et les ménages ont de plus en plus de mal à suivre.

Le lait en poudre de 500 grammes, vendu auparavant à «à peine 2000, maximum 2200 francs», coûte désormais «2800, 3000 francs à certains endroits». La hausse est rapide et visible. Le sucre suit la même tendance : de «750 à 800 francs», il est passé «autour de 1000 à 1100 francs».

Des chiffres ayant nécessairement un impact direct sur la vie quotidienne. «Ces prix ont amené plusieurs familles à supprimer le petit-déjeuner», fait comprendre un quidam dans le reportage de Gabon 1ère. Pour certains foyers, il ne s’agit plus d’économiser, mais de renoncer. «Nous ne mangeons plus les trois repas par jour», confie une mère de famille.

Des produits locaux devenus inaccessibles

La situation est encore plus difficile à comprendre pour les produits locaux, en particulier le poisson. «Le poisson frais pêché dans nos eaux coûte 2500, 3000, 4000 francs le kilo.» Dans un pays côtier, cette réalité choque. Beaucoup de consommateurs estiment que la proximité de la mer devrait garantir des prix plus abordables.

Cette hausse interroge sur toute la chaîne : pêche, transport, stockage, distribution. Même si le poisson est pêché localement, il subit des coûts liés au carburant, à la glace, au transport vers les marchés urbains et aux marges des intermédiaires. Au final, c’est le consommateur qui supporte l’addition. Le produit est local, mais le prix, lui, semble déconnecté du pouvoir d’achat moyen.

Le résultat est simple : certaines familles réduisent leur consommation de protéines. Le poisson, pourtant aliment de base, devient occasionnel. Ce changement n’est pas anodin. Il touche à l’équilibre alimentaire et à la qualité de vie. D’où ce sentiment exprimé avec force par certains clients, qui parlent d’«escroquerie à ciel ouvert». Derrière l’exagération, il y a surtout une perte de confiance dans le fonctionnement du marché.

Une régulation qui ne fonctionne plus

Mise en place en 2012 pour encadrer les produits de base, la mercuriale des prix montre ses limites. «Parmi les importateurs, beaucoup ont demandé à sortir de la mercuriale parce qu’ils ne trouvaient pas leur compte là-dedans», reconnaissent les autorités compétentes.

Plus problématique encore : «Beaucoup ont même exprimé que du fait de la mercuriale, ils se sentaient lésés. Parce que la mercuriale aurait, je dis bien, on parle au conditionnel, aurait tué certaines marques.» Cette reconnaissance officielle de l’inefficacité de l’outil illustre l’ampleur des dysfonctionnements dans la régulation des prix.

Les commerçants eux-mêmes peinent à s’y retrouver : «Nous aussi, si on voit que les prix diminuent chez les grandes sociétés. Nous, on va diminuer», déclare l’un d’eux, témoignant d’une application au cas par cas qui vide l’outil de sa substance.

2026 : la centrale d’achat face à l’épreuve du réel

Pour 2026, les autorités annoncent une croissance économique plus forte et misent sur la future centrale d’achat, littéralement présentée comme «la planche de salut», attendue pour avril. Si elle fonctionne efficacement, elle pourrait réduire certains coûts à l’importation et mieux contrôler les marges. Mais son impact réel dépendra de sa gestion, de sa transparence et de sa capacité à agir vite.

En attendant, les ménages continuent d’arbitrer chaque dépense. Même si l’inflation officielle reste modérée, les hausses concentrées sur l’alimentation, l’énergie et le logement pèsent lourd. À court terme, la question n’est pas seulement celle des chiffres, mais celle du pouvoir d’achat réel. Pour beaucoup, la priorité est simple : pouvoir remplir le panier sans avoir à renoncer à l’essentiel.

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