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Politique

Bilie-By-Nze : détention prolongée de six mois théoriques, la défense dénonce un dossier verrouillé

Par Tokyo Yabangoye
· mis à jour le 28 octobre à 0h01 · 4 min de lecture

Bilie-By-Nze : détention prolongée de six mois théoriques, la défense dénonce un dossier verrouillé
Une détention qui se prolonge, une défense qui hausse le ton : Me Thierry Nguia (au premier plan) conteste le traitement réservé à Bilie-by-Nze. (Photomontage). ©

 

Une prolongation de six mois théoriques, un dossier fermé à la défense, des interrogatoires n’arrivant jamais : Me Thierry Nguia, avocat d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, dénonce une justice sans motifs ni réponses, et annonce des recours.

Une détention qui se prolonge, une défense qui hausse le ton : Me Thierry Nguia (au premier plan) conteste le traitement réservé à Bilie-by-Nze. (Photomontage). © GabonReview

 

Le 16 octobre approchait, et avec lui l’échéance de la détention provisoire d’Alain-Claude Bilie-By-Nze. Pour lui, aucune sortie en vue. Le juge d’instruction a ordonné la prolongation : six mois de plus, théoriquement, à la maison d’arrêt de Libreville, précise son conseil, Me Thierry Nguia, dans une interview diffusée sur Facebook. Six mois possibles entre quatre murs, que la défense entend bien contester : elle assure avoir déjà engagé des recours.

« Une demi-page a suffi »

Me Nguia ne décolère pas. Il décrit une ordonnance aussi expéditive que lourde de conséquences et dénonce une procédure où, selon lui, « la justice ne répond à rien et la justice ne motive rien ». Six mois théoriques d’une vie suspendue, tranchés en quelques lignes : « Une demi-page a suffi parce que le juge d’instruction s’est contenté de dire que, durant les six mois qui viennent de s’écouler, il n’a pas posé les actes essentiels de la procédure. »

Le grief est glaçant de simplicité. À l’en croire, Alain-Claude Bilie-By-Nze n’aurait plus été présenté au juge pour un interrogatoire depuis son incarcération. Six mois d’instruction sans l’entendre, et la réponse serait six autres mois de cellule, théoriquement ? Un travail resté à faire ne saurait, plaide l’avocat, justifier une telle attente derrière les barreaux, sans explication circonstanciée. « Cette procédure ne comporte rien de complexe, comme nous ne cessons de le dire depuis le début », soutient-il.

Le magistrat avance d’autres motifs, que le conseil rapporte : « Le maintien de la détention préventive de notre client, monsieur Alain-Claude Bilie-By-Nze, était d’autant plus nécessaire, d’après lui, qu’elle éviterait qu’il fasse pression, lui, monsieur Alain-Claude Bilie-By-Nze, sur la victime et sur les supposés témoins, réels ou pas, je n’en sais rien, et que cela serait rendu nécessaire pour la manifestation de la vérité. » Face à ces soupçons, la défense réclame des faits, non des suppositions. « Il ne suffit pas de dire ceci ou cela, encore faut-il justifier, motiver, étayer », insiste l’avocat.

Caution, domicile, résidence : toutes les portes se ferment

Avant cette prolongation, la chambre d’accusation avait déjà fermé une première porte. En septembre, selon le conseil, elle a rejeté une nouvelle demande de liberté provisoire. Voici le raisonnement qu’il prête à la juridiction : « Monsieur Alain-Claude Bilie-By-Nze ne bénéficierait pas de garanties suffisantes. Alors même que son épouse est gabonaise et travaille au Gabon. Ce ne serait pas suffisant, alors même qu’il a un domicile connu de tous, ce ne serait pas suffisant. »

Une épouse, un emploi, une adresse que tout le monde connaît : rien n’y ferait. Une demande libération sous caution aurait été balayée à son tour, rapporte l’avocat : « La chambre d’accusation a ajouté que même l’hypothèse d’une libération sous caution provisoire ne serait pas une bonne idée parce que ce serait pour éviter que monsieur Alain-Claude Bilie-By-Nze, notre client, n’influence la victime ou des témoins. »

Restait l’assignation à résidence, refusée elle aussi, pour un motif que le conseil peine à croire : « L’assignation à résidence qui était aussi une possibilité donnée à la justice pour ordonner une liberté provisoire ne serait pas possible parce que, tenez-vous bien, le domicile de monsieur Alain-Claude Bilie-By-Nze serait incontrôlable. Ce serait difficile de surveiller sa maison. Je ne sais pas pourquoi ! »

À tâtons, face à un mur

Puis vient le silence du dossier. Les avocats n’y auraient toujours pas accès. Défendre un homme sans savoir ce que contient son dossier : « Nous ne savons pas à ce jour ce qu’il y a dans le dossier et nous travaillons à tâtons », affirme Me Nguia. Il dit ainsi ignorer quels témoins seraient concernés par les risques de pression invoqués.

La riposte est lancée : « Nous avons aussitôt, bien entendu, interjeté appel de ces décisions », annonce-t-il, sans préciser le calendrier ni détailler les recours contre chacune d’elles. Son constat tombe, sec, sans appel : « Nous sommes face à un mur. »

Les décisions judiciaires n’ayant pas été transmises à la rédaction, leur contenu et leur motivation ne peuvent être confrontés à ce récit de la défense. Une question reste pourtant sans réponse : quand les recours annoncés seront-ils examinés, alors qu’une prolongation de six mois théoriques vient, selon l’avocat, d’être ordonnée ?

 

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