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Économie

Samuel Dossou-Aworet, l’homme qui a bâti un empire pétrolier à partir des couloirs de Libreville

Par Anne-Sophie Laborieux
· mis à jour le 28 octobre à 1h43 · 4 min de lecture

Samuel Dossou-Aworet, l’homme qui a bâti un empire pétrolier à partir des couloirs de Libreville
Samuel Dossou-Aworet, fondateur du groupe Petrolin. Ancien directeur général des Hydrocarbures du Gabon, il pèse aujourd’hui près de 540 milliards de francs CFA. © GabonReview (montage)

 

Un ingénieur expatrié arrive au Gabon. On lui confie le pétrole national. Il en tient les clés du pendant treize ans. Il apprend tout : les hommes, les réseaux, les failles du système. Il épouse une femme d’État. Puis il part, fonde Petrolin, et construit discrètement l’un des plus grands empires pétroliers privés d’Afrique, estimé à près de 900 millions de dollars (autour de 540 milliards de francs CFA), environ un douzième du budget annuel de l’État gabonais. Cette histoire s’appelle Samuel Dossou-Aworet. Elle aurait dû être racontée depuis longtemps.

Samuel Dossou-Aworet, fondateur du groupe Petrolin. Ancien directeur général des Hydrocarbures du Gabon, il pèse aujourd’hui près de 540 milliards de francs CFA. © GabonReview (montage)

 

Pendant treize ans, de 1978 à 1991, Dossou-Aworet a dirigé la Direction générale des Hydrocarbures du Gabon, représenté Libreville au Conseil des gouverneurs de l’OPEP, siégé à la tête du Conseil d’administration du Fonds spécial de l’OPEP et défendu les intérêts gabonais au sein de l’Association des producteurs africains de pétrole. Un engagement si profond, si constant, que le Gabon lui a accordé sa nationalité honoraire, reconnaissance rare, réservée à ceux qui ont réellement porté l’intérêt national.

Quand il quitte ses fonctions en 1991, il emporte avec lui quelque chose d’infiniment précieux : une connaissance intime de l’architecture pétrolière africaine, de ses acteurs, de ses failles et de ses opportunités. Un an plus tard, il fonde Petrolin à Londres. Ce n’est pas un départ. C’est une conversion.

Son ancrage gabonais ne se limitait pas aux hydrocarbures. En épousant Honorine Dossou Naki, secrétaire d’État aux Affaires étrangères pendant dix ans, ambassadrice du Gabon en France, ministre de la Justice puis vice-Première ministre, Dossou-Aworet noue avec le Gabon un lien qui dépasse largement le professionnel. Ce mariage dit l’essentiel : il n’était pas un consultant de passage. Il était, à tous les sens du terme, chez lui à Libreville.

L’ingénieur devenu bâtisseur d’empire

Formé à l’École centrale de Marseille en pétrochimie et synthèse organique industrielle, puis à l’Institut français du Pétrole, Dossou-Aworet appartient à cette génération d’Africains qui ont choisi la technicité comme arme politique. Après un passage au cabinet Sema Metra International à Paris au milieu des années 1970, il entre au service du Gabon, et y restera près de deux décennies.

Petrolin, créée en 1992 et installée à Genève dès l’année suivante, naît directement de cette expérience. La société commence par le conseil, s’oriente vers le négoce, puis se lance dans l’exploration. La trajectoire est méthodique, presque silencieuse.

Dès 1994, Dossou-Aworet se rend en Afrique du Sud, au lendemain de l’élection de Nelson Mandela. Il approche Engen Petroleum, l’ancienne filiale de Mobil, avec une proposition audacieuse : créer la première société d’exploration panafricaine cotée à la Bourse de Johannesburg. Energy Africa naît de cette rencontre. Elle sera rachetée en 2004 par Tullow Oil dans une transaction qui double l’empreinte africaine du groupe britannique. Dossou-Aworet avait construit quelque chose que d’autres voulaient acheter.

Nigeria, Seplat et la valorisation à 900 millions de dollars

Le Nigeria devient son second terrain de jeu. En 2012, Petrolin remporte un appel d’offres international pour racheter une part du bloc pétrolier OML 34, jusqu’alors détenu par Shell, Total et Eni. De cette transaction naît ND Western Limited, une société nigériane indépendante dont il prend la présidence. Douze ans plus tard, en 2024, il s’associe à un consortium d’entreprises africaines pour acquérir l’ensemble des actifs pétroliers terrestres de Shell au Nigeria, une opération à 2,4 milliards de dollars, la plus grande jamais réalisée par le secteur privé dans l’énergie nigériane.

Mais c’est sa participation dans Seplat Energy qui cristallise l’essentiel de sa fortune. Seplat, c’est la plus grande société pétrolière cotée en Bourse au Nigeria. Dossou-Aworet en détient près de 14%, soit environ 81 millions d’actions. En avril 2026, quand le titre franchit un record historique à la Bourse de Lagos, sa part est valorisée à près de 588 millions de dollars. En ajoutant ses autres participations dans des sociétés pétrolières africaines, le total dépasse les 900 millions de dollars.

Samuel Dossou-Aworet a aujourd’hui 80 ans. Il négocie encore. Dans un continent où l’on confie volontiers les richesses naturelles à des étrangers pour les voir repartir ailleurs, lui a fait le chemin inverse : il est venu, il a servi, il a appris, et il a construit. Le Gabon lui a donné une nationalité. L’Afrique lui a donné un empire.

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