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Économie

Kobé-Kobé : la diplomatie des cinq continents ou l’art gabonais du grand écart

Par Dimitri Mimongo
· mis à jour le 28 octobre à 1h30 · 3 min de lecture

Kobé-Kobé : la diplomatie des cinq continents ou l’art gabonais du grand écart
Kobé-Kobé, 8 juin 2026. Ni dans un camp, ni dans l’autre : le président Oligui Nguema au milieu des partenaires internationaux du projet, venus de sept pays sur cinq continents. © Communication présidentielle Gabon

 

Il aurait pu choisir la Chine. Ou la France. Ou les États-Unis. Brice Clotaire Oligui Nguema a choisi les trois, et quatre autres en prime. Le 8 juin 2026, lors du lancement des travaux du port en eau profonde de Kobé-Kobé, ce que le monde a vu sur le site du chantier gabonais du siècle n’était pas un accident de protocole : c’était le Gabon en train d’écrire, devant témoins, les règles de sa nouvelle politique étrangère. C’était la démonstration publique d’une nouvelle doctrine gabonaise. À l’aune de ce chantier géant en amorce, la mécanique diplomatique et économique d’un petit pays qui refuse de jouer petit.

Kobé-Kobé, 8 juin 2026. Ni dans un camp, ni dans l’autre : le président Oligui Nguema au milieu des partenaires internationaux du projet, venus de sept pays sur cinq continents. © Communication présidentielle Gabon

 

Ce 8 juin 2026, sur le site de Kobé-Kobé, la liste des délégations étrangères présentes au lancement des travaux valait à elle seule un cours de géopolitique. France, Chine, États-Unis, Inde, Italie, Australie, Royaume-Uni : sept puissances industrielles majeures, cinq continents représentés, aucun bloc dominant. Ce n’est pas un hasard. C’est une doctrine.

Ni dans un camp, ni dans l’autre

Depuis son arrivée à la tête de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema a fait de la diversification des partenariats économiques l’un des axes centraux de sa diplomatie, tout en consolidant ses liens avec les partenaires traditionnels du Gabon. La méthode est lisible : ne pas choisir entre Paris et Pékin, entre Washington et Moscou, mais multiplier les points d’ancrage pour convertir la stabilité politique retrouvée en levier d’attractivité. À l’ONU comme dans les forums africains, le président gabonais a régulièrement défendu un multilatéralisme plus équilibré, où l’Afrique ne serait plus spectatrice mais co-décisionnaire.

Kobé-Kobé est la traduction industrielle de cette posture. Le rail à la Chine, les wagons aux États-Unis, le port à la France via AGL-MSC, la mine à l’Australien Fortescue, les barrages à l’Italien Todini Costruzioni Generali S.p.A et au français EDF, la transformation du minerai à la Chine et au Japon : chaque puissance repart avec un lot identifié, aucune n’a la main sur l’ensemble. La formule qu’Oligui Nguema a livré sur le site dit tout : «Je n’exclus aucun continent.»

Une crédibilité reconquise à vitesse accélérée

Cette diplomatie multipolaire n’opère pas dans le vide. Elle s’appuie sur un contexte favorable que Libreville a activement construit. Le 8 juin 2026, jour même du lancement des travaux de Kobé-Kobé, s’ouvrait à Libreville le deuxième Dialogue politique entre le Gabon et l’Union européenne, signe d’une normalisation assumée avec Bruxelles. Trois semaines plus tôt, le 19 mai 2026, Washington réadmettait le Gabon dans le programme AGOA, lui restituant un accès sans droits de douane au marché américain et validant implicitement l’évolution institutionnelle du pays depuis 2023. Entre les deux, Oligui Nguema se rendait à Brazzaville, en marge des Assemblées annuelles de la BAD, pour porter devant les bailleurs de fonds internationaux la cause du Fonds Bleu pour le Bassin du Congo, autre dimension de la même diplomatie de souveraineté.

La séquence est trop serrée pour être fortuite. En l’espace de quelques semaines, le Gabon a signé avec l’Europe, obtenu la confiance de Washington et lancé son plus grand chantier devant un parterre mondial. Ce n’est plus de la diplomatie d’opportunité. C’est de la mise en scène stratégique, et elle fonctionne.

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