Édition du soir · mercredi 28 octobre

Jeudi 5 novembre 2026 · Libreville

Le fil

  1. Valorisation de l’iboga : le plaidoyer de Mapangou trouve un écho auprès d’Ambio Life Science
  2. Potasse de Banio : Millennial vise désormais jusqu’à 1,2 million de tonnes par an dès le démarrage
  3. Naufrage du Prospector 5 : l’ONEP réclame un renforcement des mesures de sécurité
  4. Gabon : 30,5 % de chômage chez les jeunes, la Banque mondiale appelle à investir dans les compétences
  5. JOJ Dakar 2026 : la France et le Gabon mobilisés derrière sept jeunes athlètes gabonais
  6. Diplomatie : Oligui Nguema reçoit les lettres de créance de six ambassadeurs
  7. APJ Gabon : les journalistes judiciaires s’organisent pour gagner en rigueur
  8. Autisme : le Gabon défend l’inclusion scolaire à Cotonou
  9. Entrepreneuriat : l’ANPI-Gabon, facilitateur ou frein à la création d’entreprises ?
  10. Digitalisation : le Gabon lance sa première semaine du numérique 
  11. Gabon : un fichier unique pour mieux suivre les participations de l’État
  12. Collectivités locales : les maires portent leurs doléances au Sénat

Économie

Le paradoxe du PLFR 2026 : Où est passé l’argent du pétrole ?

Par Anne-Sophie Laborieux
· mis à jour le 28 octobre à 1h25 · 3 min de lecture

Le paradoxe du PLFR 2026 : Où est passé l’argent du pétrole ?
Le Gabon produit plus de pétrole (hausse de production de 3,1 % selon le PLFR 2026) et il le vend à un meilleur prix. Pourtant, l’État prévoit de gagner 29 % de moins grâce à cette ressource en 2026. Pourquoi ? © GabonReview

 

Le Projet de loi de finances rectificative 2026, en examen à l’Assemblée nationale depuis le 10 juin, contient une contradiction que GabonReview a relevée dans le texte même soumis aux députés. Le Gabon produit officiellement plus de pétrole qu’en début d’année. Le prix du baril budgété a augmenté. Et pourtant, les recettes que l’État attend de son pétrole chutent de 29 %. Trois chiffres qui ne peuvent pas être vrais en même temps, sauf si une partie de la production ne génère plus de recettes pour le Trésor public.

Le Gabon produit plus de pétrole (hausse de production de 3,1 % selon le PLFR 2026) et il le vend à un meilleur prix. Pourtant, l’État prévoit de gagner 29 % de moins grâce à cette ressource en 2026. Pourquoi ? © GabonReview

 

Pour un pays dont le pétrole finance une part essentielle du budget, la question mérite d’être posée clairement : où va l’argent du brut gabonais ? Le PLFR 2026 apporte des éléments de réponse involontaires. En les lisant attentivement, ligne à ligne, un tableau troublant se dessine : celui d’une production qui augmente, d’un prix qui monte, et de recettes qui s’évaporent sans explication officielle.

Ce n’est pas une question de conjoncture. Ce n’est pas non plus une erreur de calcul isolée. C’est une contradiction mathématique inscrite dans le texte de loi lui-même, que les parlementaires de la Commission des finances sont en droit d’interroger.

Trois chiffres qui ne s’additionnent pas

Le PLFR l’indique noir sur blanc : la production pétrolière gabonaise progresserait de 3,1 % par rapport aux prévisions initiales. Les données récentes de l’OPEP racontent pourtant une autre histoire : la production nationale a reculé à environ 220 000 barils par jour en mai 2026. Mais même en acceptant l’hypothèse gouvernementale, le résultat est inexplicable.

C’est l’inverse qui se produit. Les recettes pétrolières et gazières inscrites au PLFR chutent d’environ 450 milliards de francs CFA par rapport à la loi de finances initiale. L’impôt sur les sociétés des compagnies pétrolières s’effondre de 78 %, passant de 226,9 à 49,5 milliards. Les contrats de partage de production perdent 30 %. La redevance pétrolière recule de 18 %. Nulle part dans les 105 articles du texte, une explication n’est fournie.

La piste du pétrole remboursé en barils

Une seule piste permet de comprendre ces trois chiffres simultanément. Depuis avril 2026, le Gabon a conclu un préfinancement avec le négociant international Trafigura : l’État a reçu une avance en cash, qu’il rembourse non pas en argent, mais en livraisons de pétrole brut. Des barils qui partent directement vers Trafigura, sans jamais transiter par le budget de l’État, et donc sans générer ni impôt sur les sociétés, ni redevance, ni recettes de partage de production.

Le même texte de loi, à son article 97, inscrit une ligne de 544 milliards de francs CFA intitulée «Autres ressources de trésorerie», sans nommer aucun créancier ni préciser aucune modalité. C’est la seule ligne du tableau de financement qui ne porte pas de nom. Son ordre de grandeur correspond précisément à ce que représente ce préfinancement, net de commissions. La combinaison des deux (recettes pétrolières évaporées d’un côté, ressources anonymes de l’autre) forme ce que les spécialistes appellent une signature comptable : celle d’un remboursement en nature, non explicité au Parlement.

Ce que les députés sont en droit de savoir

Le texte soumis à la Commission des finances ne répond à aucune de ces questions. Combien de barils sont livrés chaque mois à Trafigura ? À quel prix de cession ? Pour combien d’années encore ? Quel est le volume total de production déjà engagé et donc soustrait aux recettes budgétaires futures ?

Ces informations ne relèvent pas du secret d’État. Elles conditionnent directement la sincérité du budget que les députés sont appelés à voter.

Dans un pays où le pétrole représente encore la colonne vertébrale des finances publiques, savoir combien de barils appartiennent déjà à un créancier étranger avant même d’être extraits du sol est une question de souveraineté budgétaire élémentaire.

La lettre de Gabon Review

L'édition du soir, chaque jour à 19 h, dans votre boîte

Les sept articles qui comptent, choisis par la rédaction, avec le chiffre du jour et les derniers appels d'offres.