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Économie

LVMH, le Moabi et l’Odika : pour le luxe français, Bernard Arnault va puiser au Gabon

Par Gérald Mounomby
· mis à jour le 28 octobre à 1h10 · 3 min de lecture

 

L’Agence gabonaise pour le développement de l’économie verte (Agadev) s’apprêterait à sceller, à Paris, un protocole d’entente exploratoire avec le groupe LVMH, autour de l’approvisionnement du géant du luxe en produits forestiers non ligneux. C’est ce que révèle la lettre confidentielle Africa Intelligence, à un mois de la visite d’État de Brice Clotaire Oligui Nguema en France.

Le Comptoir Maivou, lancé en octobre 2025, pourrait fournir le groupe de Bernard Arnault (détouré) en moabi et odika. © GabonReview/Montage

 

Selon Africa Intelligence, la directrice générale de l’Agadev, Scyrielle Sende Etali, devait parapher ce 23 juin à Paris un accord exploratoire avec le groupe de Bernard Arnault, portant sur la fourniture de matières premières rares et traçables. Au cœur du dispositif : le beurre de moabi, puissant émollient naturel, et l’huile d’odika, prisée pour son effet anti-âge. En l’absence de confirmation officielle à cette heure, l’information demeure à vérifier auprès des parties.

Pour Libreville, sortir des circuits extractifs

Toujours selon la même source, l’enjeu pour LVMH serait de sécuriser des approvisionnements traçables, en cohérence avec ses engagements environnementaux de «zéro déforestation». Pour les autorités gabonaises, il s’agirait de contourner les intermédiaires, de capter une part plus large de la valeur en amont et de démontrer que le pays peut approvisionner directement les maisons de luxe, hors des filières extractives habituelles. Africa Intelligence évoque également un effet d’entraînement recherché vers la parfumerie, la cosmétique et la santé.

Cette ouverture, si elle se confirme, prolongerait la trajectoire amorcée en octobre 2025 avec le lancement du Comptoir national des produits forestiers autres que le bois d’œuvre, baptisé Maivou. Présenté comme un guichet unique de traçabilité et de commercialisation, ce dispositif ambitionne de générer, d’ici à 2032, 750 milliards de francs CFA de PIB, dont 150 milliards pour l’État, et de toucher plus de 20 000 bénéficiaires, en majorité des femmes et des jeunes. Le partenariat avec LVMH lui offrirait son premier débouché commercial d’envergure internationale.

Une vitrine diplomatique, une question de fond

Le calendrier n’est pas neutre. L’accord interviendrait un mois avant la visite d’État d’Oligui Nguema à Paris, prévue le 20 juillet, et participerait visiblement de sa préparation. Dans la foulée, croit savoir Africa Intelligence, Scyrielle Sende Etali devait gagner Londres pour la London Climate Action Week, aux côtés du FMI, du Green Climate Fund et de l’OCDE : une séquence pensée pour installer le Gabon sur la carte de la finance climatique.

Reste la question que tout dispositif de ce type soulève : qui captera réellement la valeur ? Entre les communautés rurales annoncées comme bénéficiaires et une agence créée en 2025 qui contractualise avec un géant mondial, l’équilibre demeure à démontrer. C’est à cette aune, et non à celle d’une photo de signature, que se mesurera la portée d’un partenariat encore au stade de l’intention.

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