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Société

Influence étrangère au Gabon : le surprenant capital sympathie de la Chine

Par Gérald Mounomby
· mis à jour le 28 octobre à 0h26 · 3 min de lecture

Influence étrangère au Gabon : le surprenant capital sympathie de la Chine
Gabon-Chine : au-delà d’une présence devenue familière dans le paysage économique gabonais, Pékin bénéficiait en 2024 d’une perception favorable auprès de 61 % des personnes interrogées par Afrobarometer. © (Montage) GabonReview/Tiktok/Sans_Rivale

 

Pas d’histoire coloniale commune, pas de proximité linguistique particulière et pourtant, dans le regard des Gabonais, Pékin marque des points. Selon Afrobarometer, 61 % des personnes interrogées jugent positivement l’influence de la Chine. Un score qui la place en tête des grandes puissances mondiales évaluées, devant les États-Unis, la Russie, l’Union européenne, l’Inde et très loin devant la France. Sans livrer les ressorts de cette popularité, l’enquête d’Afrobarometer offre une photographie instructive des perceptions géopolitiques au Gabon en 2024 : la Chine n’y apparaissait plus seulement comme un partenaire économique, mais comme une puissance bénéficiant d’un appréciable capital d’image.

Gabon-Chine : au-delà d’une présence devenue familière dans le paysage économique gabonais, Pékin bénéficiait en 2024 d’une perception favorable auprès de 61 % des personnes interrogées par Afrobarometer. © (Montage) GabonReview/Tiktok/Sans_Rivale

 

Publiés en 2026 mais recueillis deux ans plus tôt, les résultats d’Afrobarometer montrent qu’en 2024 la Chine bénéficiait d’un net capital de sympathie auprès des Gabonais interrogés. L’enquête avait été menée auprès de 1 200 adultes en avril et mai 2024 par le CERGEP, partenaire national d’Afrobarometer. Le chiffre vaut d’abord par le classement qu’il dessine. 61 % d’opinions positives pour la Chine, contre 47 % pour les États-Unis, 43 % pour la Russie, 37 % pour l’Union européenne, 35 % pour l’Inde et seulement 20 % pour la France. Parmi les grandes puissances internationales soumises à l’appréciation des personnes interrogées, Pékin domine donc nettement. Seule la CEEAC fait mieux, avec 64 %, tandis que l’Union africaine atteint 60 %.

Voilà peut-être le plus intéressant : la Chine n’est plus seulement visible au Gabon à travers les chantiers, les entreprises ou les échanges commerciaux. Son influence est également bien perçue. Ce n’est pas exactement la même chose.

Quand la présence devient image

Routes, bâtiments, exploitation minière et forestière, commerce : la présence chinoise est devenue familière dans le paysage économique gabonais. Mais Afrobarometer ne demande pas aux sondés de dresser le bilan des investissements chinois. Il leur demande de qualifier l’influence politique et économique des différentes puissances.

Le résultat suggère donc quelque chose de plus diffus : Pékin semble être parvenu à transformer une présence concrète en capital de sympathie. Jusqu’où ? L’enquête ne le dit pas. Elle ne demande pas aux 1 200 adultes interrogés en avril-mai 2024 ce qu’ils apprécient précisément chez le partenaire chinois. Impossible, par conséquent, d’attribuer les 61 % aux infrastructures, aux investissements, au discours diplomatique chinois ou à un effet de comparaison avec les anciennes puissances occidentales. Mais le résultat existe, et il est suffisamment massif pour compter.

Ni Pékin contre Paris, ni Pékin contre Washington

Il serait également tentant d’y voir le signe d’un Gabon qui aurait choisi son camp. Les chiffres racontent quelque chose de moins spectaculaire et probablement de plus intéressant.

Près d’un Gabonais sur deux porte également un regard positif sur les États-Unis (47 %), tandis que la Russie atteint 43 %. Surtout, les deux organisations africaines évaluées obtiennent d’excellents résultats : 64 % pour la CEEAC et 60 % pour l’Union africaine.

La photographie ressemble donc moins à un basculement vers un bloc qu’à un élargissement du portefeuille des sympathies internationales. Et dans ce jeu désormais plus ouvert, la Chine dispose d’une longueur d’avance. C’est peut-être là que réside le véritable enseignement d’Afrobarometer. Pendant longtemps, la question des influences étrangères au Gabon s’est presque mécaniquement écrite autour de la France. Les réponses recueillies en 2024 montrent qu’une autre puissance a désormais trouvé sa place dans le paysage mental des Gabonais.

La Chine n’a peut-être pas remplacé la France dans la relation particulière qu’entretenait celle-ci avec le Gabon. Mais dans la bataille des perceptions, elle l’a déjà largement dépassée.

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