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Économie

RGPL 2026 : 3,5 millions d’habitants, le grand bond démographique qui demande des explications

Par Dimitri Mimongo
· mis à jour le 28 octobre à 0h19 · 4 min de lecture

RGPL 2026 : 3,5 millions d’habitants, le grand bond démographique qui demande des explications
De 1,8 à 3,5 millions d’habitants : l’énigmatique rupture démographique du Gabon. © GabonReview

 

Le Gabon compte officiellement 3 518 621 habitants, presque deux fois plus qu’en 2013. Mais derrière ce chiffre homologué par la Cour constitutionnelle apparaît une équation démographique spectaculaire : une hausse de 94 % en treize ans, très supérieure aux tendances jusque-là connues. Population étrangère, migrations, naissances, corrections statistiques, zones non couvertes : faute de rapport détaillé publiquement accessible, impossible pour l’instant de comprendre d’où viennent près de 1,7 million d’habitants supplémentaires.

De 1,8 à 3,5 millions d’habitants : l’énigmatique rupture démographique du Gabon. © GabonReview

 

3 518 621 habitants. Depuis le 27 août, c’est le nouveau chiffre officiel de la population gabonaise. La Cour constitutionnelle l’a homologué après examen des résultats du Recensement général de la population et des logements (RGPL), auditions et vérifications sur le terrain. Mais ce chiffre constitue une rupture démographique suffisamment spectaculaire pour appeler des explications.

En 2013, le précédent RGPL avait recensé 1 811 079 habitants. Treize ans plus tard, le pays en compterait donc 1 707 542 de plus, soit une augmentation de 94,3 %. Autrement dit, la population a pratiquement doublé. Mathématiquement, passer de 1,811 million à 3,519 millions en treize ans correspond à une croissance moyenne composée d’environ 5,25 % par an. Un rythme particulièrement élevé.

Près d’un million d’écart avec les estimations internationales

La comparaison avec les estimations internationales accentue l’interrogation. La Banque mondiale estimait encore la population gabonaise à 2 538 952 habitants en 2024, avec une croissance annuelle de 2,2 %. L’ONU l’évaluait autour de 2,6 millions en 2025.

Cela ne signifie pas que le recensement gabonais est nécessairement erroné. Un recensement exhaustif peut précisément révéler que les projections antérieures sous-estimaient fortement la population réelle. Mais un tel écart devrait pouvoir être expliqué.

Combien des 3,518 millions d’habitants sont Gabonais ? Combien sont étrangers ? Quelle part de l’augmentation vient des naissances ? Quelle a été l’ampleur de l’immigration ? Les projections précédentes sous-estimaient-elles massivement la population ? Pour l’instant, les éléments publiquement accessibles ne permettent pas de répondre.

L’Estuaire gagne à lui seul 1,3 million d’habitants

C’est probablement le chiffre le plus spectaculaire. La province de l’Estuaire comptait 877 924 habitants en 2013. Elle en compte désormais 2 184 908, selon le tableau homologué par la Cour constitutionnelle. Elle concentre ainsi 62,1 % de toute la population gabonaise.

L’Estuaire aurait donc gagné 1 306 984 habitants en treize ans, soit environ 149 % d’augmentation. Plus remarquable encore : cette seule province représente environ 76,5 % de toute l’augmentation démographique nationale depuis 2013.

Urbanisation accélérée du Grand Libreville, migrations intérieures, immigration étrangère ou sous-dénombrement antérieur peuvent contribuer à l’expliquer. Mais dans quelles proportions ? Les données détaillées manquent.

La Cour elle-même relève des carences

La décision d’homologation fournit une autre raison de réclamer davantage de transparence. La Cour reconnaît qu’«un certain nombre de zones» n’ont pas été couvertes par les agents recenseurs, faute notamment de moyens de transport adéquats et de routes praticables. Elle dit également avoir fait observer au gouvernement les «carences du rapport» et demandé des corrections.

Le cas de Ndougou est notamment cité : ce département de l’Ogooué-Maritime avait été recensé sous la supervision des équipes de la Nyanga pour des raisons d’accessibilité. Le gouvernement a ensuite procédé aux corrections demandées.

Ces ajustements ne constituent pas en eux-mêmes une anomalie. Mais il faudrait connaître leur méthode et leur ampleur.

3,5 millions, mais où est l’anatomie du chiffre ?

C’est finalement là que se situe la véritable interrogation. La Cour indique que le gouvernement lui a transmis le 26 août un «tableau restructuré», avant l’homologation le lendemain des résultats corrigés. Le document rendu public donne essentiellement la population par province et par sexe.

Pas de répartition par nationalité. Pas de détail départemental ou communal. Pas de structure par âge. Pas de données permettant d’isoler fécondité, mortalité et migration. Surtout, pas de méthodologie détaillée permettant de reconstituer le passage des données collectées au chiffre définitif.

Les démarches entreprises par GabonReview pour obtenir ce rapport détaillé n’ont, jusqu’ici, pas permis d’y accéder. Il ne s’agit donc pas d’affirmer que 3 518 621 est faux. Rien, à ce stade, ne permet de le démontrer. Il s’agit de demander comment une population de 1,811 million d’habitants en 2013 a pu approcher 3,519 millions treize ans plus tard.

Lorsqu’un pays découvre en treize ans 1,7 million d’habitants supplémentaires, le chiffre mérite mieux qu’une proclamation : il mérite une démonstration.

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