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Économie

Dette : quand la boulimie gabonaise inquiète le FMI et expose les banques de la Cemac

Par Dimitri Mimongo
· mis à jour le 28 octobre à 0h18 · 3 min de lecture

Dette : quand la boulimie gabonaise inquiète le FMI et expose les banques de la Cemac
Le Gabon concentre à lui seul 30,5 % de la dette levée par les États sur le marché régional. Un poids qui transforme progressivement le risque gabonais en enjeu bancaire pour toute la sous-région. © GabonReview (illustration générée par IA)

 

Dans une note confidentielle particulièrement sévère, le FMI alerte : à force de s’endetter, les États de la Cemac font aussi prendre davantage de risques aux banques qui leur prêtent. Et le Gabon est désormais le plus gros emprunteur du marché régional. À lui seul, il concentre 30,5 % des sommes prêtées aux États. Le danger est facile à comprendre : plus les banques prêtent au Gabon, plus elles seraient exposées si Libreville rencontrait un jour des difficultés à rembourser. Après l’alerte sur une dette qui pourrait approcher 94 % du PIB, voici donc l’autre côté de la facture gabonaise.

Le Gabon concentre à lui seul 30,5 % de la dette levée par les États sur le marché régional. Un poids qui transforme progressivement le risque gabonais en enjeu bancaire pour toute la sous-région. © GabonReview

 

Quand un État s’endette, la dette ne disparaît pas dans un grand coffre abstrait appelé «marchés financiers». Quelqu’un lui prête réellement cet argent. Dans la Cemac, ce quelqu’un est très souvent une banque. Et lorsque le Gabon emprunte autant qu’aujourd’hui, la question n’est donc plus seulement de savoir combien il doit, mais aussi qui se retrouverait en première ligne si la mécanique venait à se gripper.

Dans la sous-région, presque un franc emprunté sur trois est gabonais

C’est ce que fait apparaître une note confidentielle des services du FMI, datée du 26 février et révélée par Africa Intelligence. Selon les données de la BEAC qu’elle reprend, les États de la Cemac doivent encore 9 400 milliards de francs CFA aux investisseurs qui leur ont prêté de l’argent sur le marché régional.

La part du Gabon a bondi de 75 % en 2025 et représente désormais 30,5 % du total, devant le Congo (29,5 %) et le Cameroun (19,4 %). Dit autrement : sur 100 francs de titres publics circulant sur ce marché régional, plus de 30 correspondent à une dette du Gabon.

Ce chiffre change la perspective. Libreville n’est plus un emprunteur parmi d’autres : il est devenu le premier du marché.

Quand l’État emprunte, les banques remplissent leurs coffres de dette

Pour comprendre le risque, nul besoin d’être économiste. L’État a besoin d’argent pour financer ses dépenses et ses investissements. Il émet des bons et des obligations du Trésor. Les banques les achètent, puis attendent d’être remboursées avec intérêts. Or, les banques prêtent désormais une part considérable de leurs ressources aux États. La dette publique représente aujourd’hui près d’un tiers de leurs actifs, 32 %, contre seulement 10 % en 2015.

Tant que les États remboursent normalement, le système tourne. Mais plus une banque accumule la dette d’un même État, plus elle devient sensible à ses difficultés éventuelles. C’est précisément le risque de contagion que pointe le FMI : qu’une crise de dette publique finisse par atteindre les établissements qui ont financé les États.

Le FMI ne dit pas que le Gabon est sur le point de faire défaut, ni que les banques de la Cemac sont en crise. Elles restent largement rentables. Il avertit d’une vulnérabilité qui grossit.

Les prêteurs deviennent plus difficiles

Un autre signal apparaît : les États ont plus de mal à trouver preneur pour leur dette. En 2022, les investisseurs proposaient davantage d’argent que les États n’en demandaient : le taux de souscription atteignait 116 %. En 2025, il est tombé à 84 %, ce qui signifie que toutes les sommes recherchées n’ont plus trouvé preneur. Et pour convaincre les investisseurs, il faut désormais payer davantage : le rendement moyen des obligations du Trésor est passé de 8,9 % à 10 %. L’argent est donc toujours disponible, mais il devient plus rare et plus cher. D’autant que plus d’un tiers des titres publics arrivent à échéance dans les douze mois.

Après les 94 % du PIB, voici donc l’autre côté de l’addition gabonaise. À force d’emprunter, le Gabon ne fait pas seulement grossir sa dette : il augmente aussi les sommes que les banques de la Cemac lui ont prêtées et qu’elles attendent de récupérer. Plus ces sommes grossissent, plus les banques deviennent dépendantes de la capacité du Gabon à rembourser. Si celle-ci venait à se dégrader sérieusement, le problème ne serait donc plus seulement gabonais : il pourrait aussi devenir celui de ses banques créancières.

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