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Afrique

Carte de Mercator : l’Afrique est 14 fois plus vaste que le Groenland, l’ONU veut corriger les perceptions

Par Déogracias Arambo
· mis à jour le 28 octobre à 0h17 · 4 min de lecture

Carte de Mercator : l’Afrique est 14 fois plus vaste que le Groenland, l’ONU veut corriger les perceptions
Si l’Afrique ne va pas s’agrandir après le vote de cette résolution, sur les cartes, en revanche, elle pourrait enfin retrouver ses proportions (illustration). © GabonReview

 

L’Afrique est environ 14 fois plus vaste que le Groenland, alors que certaines cartes donnent visuellement l’impression que les deux territoires sont de taille comparable. Pour corriger cette distorsion, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté, vendredi 4 septembre 2026, par 164 voix contre une (celle des États-Unis), une résolution portée par les pays africains visant à promouvoir des cartes du monde représentant plus fidèlement les superficies relatives des continents. Le texte encourage notamment le recours à des projections dites « équivalentes », comme Equal Earth, afin de limiter les distorsions de la projection de Mercator.

Si l’Afrique ne va pas s’agrandir après le vote de cette résolution, sur les cartes, en revanche, elle pourrait enfin retrouver ses proportions (illustration). © GabonReview

 

L’Afrique ne changera pas de taille, mais sa représentation sur les cartes pourrait évoluer. L’Assemblée générale des Nations unies a largement approuvé, vendredi, une initiative africaine destinée à corriger les distorsions liées à certaines projections cartographiques.

Portée par le groupe africain et négociée sous l’impulsion du Togo, la résolution a recueilli 164 voix favorables contre une seule, celle des États-Unis. Six pays — l’Estonie, la Géorgie, la Lituanie, la Moldavie, la Serbie et l’Ukraine — se sont abstenus.

Le texte ne remet toutefois pas en cause la projection de Mercator et n’impose aucune carte officielle. Il invite plutôt les gouvernements, les établissements scolaires, les organisations internationales et les acteurs technologiques à privilégier, lorsque la comparaison des superficies est importante, des projections capables de mieux respecter les proportions réelles des territoires.

Mercator dans le viseur

Développée en 1569 par le cartographe flamand Gerardus Mercator, la projection qui porte son nom répondait à un objectif essentiellement pratique : faciliter la navigation maritime. Elle permet notamment de représenter les routes à cap constant sous forme de lignes droites.

Son principal défaut apparaît lorsqu’il s’agit de comparer les superficies. Plus un territoire s’éloigne de l’équateur, plus il est visuellement agrandi. Le Groenland, par exemple, peut sembler comparable à l’Afrique sur une carte de Mercator, alors que le continent africain est en réalité environ 14 fois plus vaste.

Cette distorsion concerne également l’Europe du Nord et l’Amérique du Nord, représentées à des dimensions beaucoup plus importantes que ne le sont les régions proches de l’équateur.

Pour les promoteurs de la résolution, la persistance de cette représentation dans les salles de classe, les atlas, les médias et certains outils numériques contribue ainsi à donner une image disproportionnée du monde.

« Les cartes façonnent notre compréhension du monde »

Défendant le texte avant le vote, le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a insisté sur la dimension culturelle et éducative de la représentation cartographique.

« Les cartes façonnent notre compréhension du monde », a-t-il déclaré, estimant qu’elles « guident l’éducation, nourrissent l’imaginaire et influencent les perceptions collectives ».

Le texte adopté par l’Assemblée générale évoque notamment une « minimisation symbolique » de l’Afrique et inscrit cette démarche dans une logique de « justice cognitive et de réparation mémorielle ».

Le Togo, qui a conduit les négociations au nom du groupe africain, défend ainsi une approche qui dépasse la seule question technique des projections cartographiques. L’enjeu est également de questionner les représentations héritées de plusieurs siècles de cartographie.

Equal Earth plutôt que l’imposition d’une carte

La résolution cite notamment Equal Earth, une projection conçue en 2018 pour préserver les superficies relatives des continents tout en offrant une représentation du globe plus équilibrée.

Elle ne demande cependant pas l’abandon de Mercator. Robert Dussey a lui-même reconnu l’utilité historique de cette dernière pour la navigation.

L’objectif est plutôt de diversifier les représentations et de mieux faire comprendre leurs limites. Toute carte plane d’un globe terrestre implique en effet des compromis entre la conservation des surfaces, des distances, des formes ou des directions.

La résolution invite donc également à renforcer l’enseignement de ces limites afin que les cartes soient appréhendées comme des constructions géographiques répondant à des usages précis, et non comme des reproductions parfaitement neutres du monde.

Une résolution sans portée contraignante

Le vote de l’Assemblée générale constitue un succès diplomatique pour les pays africains, mais ses effets resteront essentiellement incitatifs. Le texte n’a pas de caractère contraignant et ne fera pas disparaître la projection de Mercator des cartes ou des outils numériques.

Il consacre néanmoins, à une très large majorité, une revendication portée par le groupe africain : celle de voir les représentations cartographiques du monde mieux refléter les réalités géographiques.

« Une carte juste ne change pas la géographie du monde, elle change notre façon de voir le monde », a résumé Robert Dussey.

Au-delà de la technique cartographique, le débat pose ainsi une question de perception. Car si les cartes ne modifient pas les territoires, leurs choix de projection peuvent, génération après génération, influencer la manière dont les sociétés se représentent la place et le poids des différentes régions du monde.

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